Politique générale

Les vidéos et textes de nos interventions en Politique générale 2019.

SESSION FEVRIER 2019

Pacte action publique en Bretagne

Intervention de Paul Molac

Introduction générale du budget

Intervention de Paul Molac

SESSION JUIN 2019

Discours de politique générale

Paul Molac

Texte:

Monsieur le président, chers collègues

Je vais commencer mon propos en citant Césaire. Pas le Ceser que nous citons les uns et les autres dans cette assemblée régionale, mais Aimé Césaire, celui qui liait politique et poésie.

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. » écrivait-t-il dans son discours sur le colonialisme.

C’est à l’aune de cette phrase que nous lisons l’ambition de la Breizh Cop.
Défi environnemental et climatique, défi de l’équilibre territorial, défi de la cohésion sociale et démocratique : nous ne fermons pas les yeux, nous tentons de résoudre les problèmes.

Face à ce triple défi une collectivité régionale ne peut agir seule. C’est encore plus vrai dans le cadre d’un Etat qui traine à faire pleinement confiance aux Régions et à lui laisser les moyens d’agir.
Mais la semaine de la Breizh Cop à Saint-Brieuc l’a démontré : grâce à un esprit de véritable co-construction, au delà de notre institution, c’est la diversité des collectivités bretonnes, la diversité du monde associatif, la diversité du monde de l’entreprise qui se mobilise pour engager la Bretagne dans les transitions nécessaires.
On le sait, tous ne sont pas au rendez-vous, les engagements des uns et des autres n’ont pas la même force, il reste à convaincre. Mais ce mouvement collectif provoqué par l’exécutif régional ne s’arrêtera pas, et il le faut pour être une civilisation qui résoud ses problèmes, pour être une terre de solution.

Il est à ce titre particulièrement rassurant de voir la qualité de la mobilisation des jeunesses lors du temps qui leur était consacré durant cette semaine. Ceux qui ont suivi les mobilisation des jeunes pour le climat ces dernières semaines n’en seront pas surpris.
« C’est la jeunesse qui doit dire ce qu’elle va faire, c’est la jeunesse qui fera naître une autre Afrique », disait le même Césaire.
On peut dire la même chose ici de la Bretagne, après avoir vu la diversité de la jeunesse qui ose, de la jeunesse qui propose, de la jeunesse qui construit.
Et ce qui est vrai pour l’environnement l’est aussi dans bien d’autres domaines, il est ainsi du développement de la langue bretonne, on l’a vu avec la mobilisation de la jeunesse pour mener à bien la Gouel Broadel ar Brezhoneg à Langonnet.
Il y a cependant à côté de la jeunesse qui ose celle qui n’ose pas, ou pour mieux dire la jeunesse qui voudrait agir mais qui a besoin d’accompagnement pour oser. C’est à nos yeux tout l’enjeu du dialogue structuré autour des politiques jeunesses que mènent actuellement l’Etat et la Région en Bretagne : faciliter l’accès à l’engagement sous toutes ses formes aux jeunes de tous les territoires, pour qu’ils aient tous les clefs pour bâtir la Bretagne de demain.

En tous les cas, la Breizh Cop, c’est la Bretagne rassemblée, car il n’y a de victoire que collective.
C’est ce qu’il faut retenir de l’accord obtenu au parlement pour ouvrir la voie du forfait communal pour l’enseignement en breton. Le contenu du texte aurait pu être plus clair, aurait pu être plus fort, c’est néanmoins une victoire. C’est lorsque le monde associatif, la Région Bretagne, les collectivités locales et les parlementaires bretons avancent ensemble que les obstacles du centralisme français cèdent. Ceci dit, quand on voit le peu qu’il cède, il va en falloir de l’esprit de rassemblement et de mobilisation sur les sujets propres à la Bretagne.

Et pour être fort, il ne faut pas avoir peur de son ombre. Nous ne pouvons qu’être en colère quand on voit une commune de la baie de Douarnenez céder aux pressions de La Poste en effaçant la toponymie bretonne des noms de lieu et des adresses. Rappelons que la Suisse a 3 langues officielles. On imagine aisément que la coexistance de 3 langues officielles n’empêche pas le service du courrier de fonctionner. Rappelons au maire de Telgruc que les noms de lieu font partie de la poésie de la géographie, de l’esthétique d’un espace humain. Ne banalisons pas cette poésie.

J’évoquais donc la nécessité du rassemblement des acteurs bretons sur ce qui nous unit, ce qui fait la Bretagne. Cela n’empêche pas par ailleurs le débat, la confrontation, sur la base des valeurs.
Notre groupe et notre majorité croient fermement dans les principes de solidarités, aux principes de justice sociale, aux logiques vertueuses du développement local.
J’ai lu, comme vous, un libéral français déclarer que le capitalisme est devenu fou. Aimé Césaire, toujours lui, répondait déjà : « une société qui ruse avec ses principes est une société moribonde ».
La France est un pays qui importe 50% des fruits et légumes qu’elle consomme, 1/3 de la volaille, ¼ de la viande de porc. Le tout souvent dans avec des normes sociales, sanitaires ou environnementales au rabais.
Voilà qui valide la stratégie de la Région Bretagne de soutien à ses filières dites du « bien manger ». Mais voilà aussi qui souligne le besoin de régulation, au service du développement local.
Et cet esprit de régulation, l’Etat en manque parfois dans sa relation avec les Régions de France.

J’en veux pour preuve la réforme de l’apprentissage. La logique de la nouvelle loi, c’est de déréguler complètement le financement des CFA, en organisant une véritable concurrence entre eux. Alors que jusqu’ici, les Régions organisaientt des coopérations au services des politiques économiques, sociales et d’aménagement du territoire. Comble du cynisme, l’Etat qui se rend compte que sa stratégie nouvelle peut provoquer des dégats, incite les Régions à gérer les conséquences dommageables de sa politique, sans vrais moyens à la hauteur. Alors, je ne sais pas si le capitalisme est devenu fou, mais l’alliance du libéralisme économique et du centralisme politique va rendre nos territoire fou, c’est certain.

Un mot pour terminer pour dire le soutien, l’intérêt, de notre groupe à tous ceux qui continuent d’entretenir le projet dit d’Assemblée de Bretagne. Il y a là un beau projet concernant l’organisation de nos institutions. Nous lisons ici où là quelques conservatismes s’y opposer. Mais c’est inéluctablement le sens de l’histoire, de l’histoire inscrite dans un temps long.
Citons Césaire, Aimé Césaire, une dernière fois
« j’habite une blessure sacrée
j’habite des ancêtres imaginaires
j’habite un vouloir obscur
j’habite un long silence
j’habite une soif irrémédiable
j’habite un voyage de mille ans ».

Oui, la Bretagne est un voyage de mille ans, un vouloir obscur, une soif irrémédiable. Penser une forme moderne de son organisation démocratique adaptée au XXI°, c’est une ambition que nous devons porter, voilà un beau sujet pour nos travaux sur la différenciation bretonne.

Paul Molac